Guitarist Acoustic magazine (trimestriel) N°5 (mai/juin/juillet 2005)

Doudou Cuillerier... A feu doux

Avec sa guitare manouche, ses textes humoristiques en français et l’accordéon-guinguette en accompagnement, Philippe « Doudou » Cuillerier et son groupe « Doudou Swing » représentent bien une nouvelle génération influencée indirectement par le swing de Django et le jazz français. Mais Doudou, accompagnateur d’Angelo Debarre et de Romane, est aussi l’héritier d’une tradition.


Où a été enregistré l’album?
Dans le studio « Planet Sun » à Puteaux. Ils sont très connus pour avoir enregistré NTM pendant longtemps. J’ai découvert ce studio en participant à un album de Romane, il y a cinq ou six ans et NTM engegistrait dans le studio principal. Tu imagines le contraste, on avait trois jours pour enregistrer et eux six mois…

Qui sont les musiciens de Doudou Swing?
Nous avons formé le groupe en 2002 avec Victorine Martin, ma compagne, à la guitare et Antonio Licusati à la contrebasse. Sur cet album, nous avons également des invités comme l’accordéoniste Emy Dragoi et André Venturini, un grand connaisseur de Django, mais aussi de la musique hawaïenne et western-swing.

Les chansons font preuve de beaucoup d’humour, comme « Boule de billard » où pointe le dilemme du guitariste qui hésite à se laisser pousser les moustaches à la Django ou encore « Una cana por favor » qui relate un concert en Espagne qui tourne mal. Comment les as-tu écrites?
D’après nos expériences communes, hé hé ! Ce sont des choses vécues qui ne se renient pas.Tout en voulant faire des trucs un peu inhabituels, il y a des petits détails qui sont un peu notre sauce. J’ai toujours écrit des chansons ; dans toutes les formations auxquelles j’ai participé, ce qui m’intéressait était de jouer et de chanter. Même lorsque je jouais avec Romane, il y avait toujours un moment où j’arrêtais de jouer la pompe rythmique et je venais devant pour chanter, ce qui était toujours un intermède bienvenu.
Il y a aussi « Être un homme », l’adaptation de « I wanna be like you » de Louis Prima, dans la B.O du film de Disney, le livre de la Jungle. C’est toi qui l’as choisie?
Oui. C’est une chanson que je chante depuis une dizaine d’années et qui a toujours bien marché en public. En plus, j’ai un feeling particulier avec les enfants, je leur ai enseigné la musique pendant longtemps. D’ailleurs, cela se traduira peut-être éventuellement par un album qui leur sera spécialement destiné.

Ton disque fait penser à la fois à Django, Ray Ventura et ses collégiens, Jacques Hélian et son orchestre…
Ce n’est pas un hasard. Je suis né dans une famille de musiciens, mon grand-père était accordéoniste et mon père saxophoniste. Ils étaient musiciens de bals, donc éclectiques. J’ai appris le sax et commencé le métier de mon côté. J’ai fait beaucoup d’enseignement musical aussi. Et j’ai joué beaucoup de musique tzigane, avec les violonistes.

Comment es-tu venu à la guitare?
J’ai voulu me perfectionner et pris des cours avec Frédéric Sylvestre et Eric Boell. Je connaissais la musique de Django par études, je n’ai pas connu de choc émotionnel ou de message caché, j’ai seulement appris sa musique, je voulais jouer. Puis j’ai rencontré Angelo Debarre et j’ai joué avec lui pendant près de vingt ans. Angelo a une connaissance monumentale de la musique de Django et avec lui, j’ai pu vraiment apprendre. Ensuite, en même temps qu’Angelo, j’ai accompagné Romane, Rodolphe Raffalli et Patrick Saussois.

Quelles guitares joues-tu?
J’ai un peu abandonné la guitare électrique, même si j’en ai beaucoup joué. Je me consacre entièrement à l’acoustique. Sur cet album, j’ai utilisé une Dupont modèle Swing et une Anastasio, qui sont deux luthiers diamétralement à l’opposé l’un de l ‘autre. La fabrication et la lutherie des Dupont sont très constantes, tous ses modèles sont bons, alors qu’Anastasio au contraire, a une résolution physique très personnelle. Ses guitares sont excellentes, avec beaucoup de caractère et un son exceptionnel, mais il faut savoir les sélectionner, c’est ce qui leur donne leur valeur. Sur scène, je joue en électro-acoustique avec une cellule Big tone, mais aussi un micro placé devant.

Tes projets?
Tourner avec Doudou Swing. Je fais aussi des concerts avec Djangophonie, qui sont en fait les musiciens de Latcho Drom, plus un quatuor de cordes classiques. J’ai aussi des chansons prêtes pour le prochain album de Doudou Swing.



Interview : Romain Decoret
Dans ce numéro, en encart pédagogique avec extraits audio et vidéo : “Una Caña por favor”